Sophie CÔTE   sophie-cote@orange.fr
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Intuitions, perceptions et prémonitions

par M.L

La dynamique relative à la présence des intuitions, ou des perceptions à caractère prémonitoire n'est pas toujours bien décrite. Ou insuffisamment dans certains livres, même si cette dernière s'y trouve forcément mentionnée.

Plusieurs mots employés par certains praticiens, ou spécialistes de la douance font parfois écho. Ils évoquent alors ce "regard intense", caractéristique du surdoué, regard qui peut également être assimilé à une forme de provocation pour les enseignants (alors que cela fait simplement partie de la stratégie habituelle et inconsciente de "survie" du surdoué, obligé de s'adapter, de "boire" son environnement en permanence pour ne pas s'y noyer). En outre, ils soulignent cet "état d'alerte" permanent qui caractérise son besoin de maîtriser son environnement. Oui, car cet état d'alerte, de sentinelle permanente est omniprésent : un regard, une parole, un geste...tous ces éléments viennent s'installer dans la conscience sans même que le processus cognitif ne soit enclenché de manière volontaire. Les gestes sont lus, enregistrés, mémorisés, interprétés. Une logique se forme, le comportement se modifie alors en fonction de tous ces éléments de manière blanche, mais très rapide. L'énervement survient ensuite, du fait du manque de réaction des camarades de classe, on s'interroge : Pourquoi personne ne réagit ? Suis-je le/la seule personne à avoir vu ce geste, ou perçu cette phrase qui sonnait faux

Et puis rien, la salle semble comme vide... La vie d'une personne caractérisée par la douance est submergée par ces intuitions, en permanence. Pourtant elles permettent à terme de s'extraire et d'anticiper de grands dangers.

Mais elle est aussi un poison. Un poison car comment expliquer à des amis, un soir où ils écument les bars, qu'il ne faut pas aller dans celui-ci... Car l'on sait croiser des gens qui ne nous veulent pas du bien, sans qu'aucune raison apparente, signe, ou fréquentation ultérieure ne soit engagée. La chose se passe. On vous regarde alors avec inquiétude. Ou encore, comment expliquer que l'on sait que ce monsieur de dos est sur le point d'invectiver des passants dans la rue, et que l'on prie ainsi son amie de changer de trottoir avant que cela ne se passe. Quelques secondes plus tard, il implose et dérange tous les passants à proximité, devant cette amie, interdite. Ces intuitions qui rythment la vie du surdoué contribuent à la rendre oppressante. Et c'est pour ne citer en exemple que des événements immédiats qui, s'ils semblent anodins, rythment son quotidien.

Pour développer de manière plus personnelle, de sorte à mettre en lumière la présence de l'intuition au quotidien, plus jeune, je pensais que j'avais seulement un bon discernement sur autrui. Parfois je me disais que je me prenais pour une petite ingénue. Et je me moquais de ces pressentiments comme la peste, je les prenais pour des affabulations. Je me moquais de moi-même. Disons-le, j'en avais peur. Mais avec l'âge, chaque fois que j'ai inhibé mes perceptions, la petite voix que j'ai tue avait toujours raison. Mais c'était d'un triste. Car il faut comprendre que, ces intuitions, la majeure partie du temps sont aiguës, notamment lorsqu'il est question de dangers ou de déceptions. Alors un échiquier se met en place de manière involontaire, et sans qu'on l'ait remarqué, une équation comportementale de l'individu/ou de la situation anxiogène se dresse. Comme pour se prémunir d'un danger. Et parfois, l'équation se dresse des mois avant que la situation "d'échec" ou redoutée ne se passe. On vit alors dans l'angoisse pendant des mois, voire des années, on se prend pour une malade, on doute, on refoule. On ne parle pas. C'est le mutisme, et surtout la peur de sombrer dans la folie. Comment expliquer ces angoisses relatives à une action qui n'a pas encore trouvé sa réalité opérante ? Comment justifier ses peurs et son comportement qui s'ajuste à l'avance à des signes que la plupart ne conçoivent pas ?

Ces intuitions fulgurantes sont constantes. Et depuis que je veille à écouter mes intuitions, pas une fois je n'ai eu tort. Le sentiment à l'origine de l'intuition, ou l'intuition en elle-même, sur le fond, est toujours confirmée. Je pense être loin d'être seule dans cette situation présente. Cependant, couplée à une très bonne mémoire, et au fait de ces perceptions omniprésentes, il m'est vraiment parfois très compliqué de ne pas me sentir à bout, et parfois la société, ou l'entourage sanctionne, l'oeil inquiet. On aime point à être trop deviné, je le conçois, il n'est point question de jouer à la Cassandre. Mais je trouve simplement que chaque intuition correspond au fond à une logique analytique bien précise à chaque fois, et que ce que l'on nomme intuition est en réalité simple logique née de l'arborescence de la pensée. J'écris cela pour récuser tout caractère extraordinaire à la perception, elle est naturelle, elle se déploie...Il est donc nécessaire d'en faire un allié, de l'apprivoiser. Comme toute équation, on peut ensuite l'adapter à de multiples situations. Les variables se retrouvent.


 

Dans le milieu scolaire, à l'instar des exigences qui sont celles de notre société actuelle, le primat est celui de l'immédiateté, contraire à l'éthique du surdoué qui a besoin du temps de son perfectionnement. Même si il s'adapte très vite, cela lui coûte une énergie incommensurable au détriment du perfectionnement d'autres talents. Il est dommage de constater ces encore trop timides approches relatives aux intuitions qui ne sont, à l'image de la mythologie grecque (Cassandre), pas écoutées, et qu'il faut alors mener une lutte sans failles pour faire émerger une prise de conscience. C'est pourquoi votre combat prend toute sa pertinence, en particulier au regard des enfants, désireux et impatients d'être mieux accompagnés, il faut les aider en France. On tue le talent car ses manifestations effrayent.