par
François-Michel
DURAZZO, Professeur
agrégé de Lettres
Classiques, enseignant
en classe IP au Collège
du Cèdre de septembre
90 à juillet 2000,
actuellement
professeur en classes
préparatoires
I)
De l’évaluation théorique
de la population des
enfants
intellectuellement précoces
à la reconnaissance
par le système éducatif
de leur existence et
la prise en compte de
la “douance” par
les enfants eux-mêmes.
Les
psychologues considèrent
que les enfants précoces
représentent 2 à 3 %
de la population
scolaire ayant un Q.I.
supérieur à 130,
seuil habituellement
retenu pour commencer
à parler de précocité.
Cette évaluation doit
être corrigée quand
on la rapporte au
milieu socioculturel
des parents puisque le
Q.I. moyen des enfants
favorisés se situe
autour de 110 tandis
que celui des enfants
de milieux défavorisés
est situé autour de
90. Le lien entre
quotient intellectuel
et environnement a été
corroboré par le
suivi longitudinal opéré
auprès des enfants
adoptés dont le Q.I.
a fortement augmenté
sous l’influence
d’un changement de
milieu. Le Q.I. permet
donc d’évaluer les
performances
intellectuelles sans
qu’on puisse
distinguer de manière
indiscutable ce qui
relève de l’hérédité
et ce qui relève de
l’environnement,
mais il reste prouvé
d’une part que le
Q.I. est modifié par
l’environnement,
d’autre part que le
Q.I. moyen des parents
d’enfants précoces
est supérieur à
celui des parents
d’enfants non précoces.
Force
est de constater que
les tests psychométriques
n’interviennent que
rarement dans le suivi
scolaire des élèves.
Ou bien, s’ils sont
pratiqués, parfois
par les conseillers
d’orientation,
parfois par des
psychologues exerçant
dans le privé,
c’est en général
pour répondre aux
questions qu’on se
pose face à une
situation d’échec,
quand il est déjà
trop tard ou bien
quand il s’agit
d’appuyer une
demande d’entrée
anticipée au C.P..
Si
les maîtres
remarquent des élèves
qu’il leur semble
parfois nécessaire
d’encourager à
aller plus loin, ou à
sauter une classe,
cette pratique est
encore trop rare. Ils
ne sont pas formés,
sont prisonniers de préjugés
et la plupart sont
incapables
d’anticiper
l’avenir scolaire
des enfants qui leur
sont confiés, de prévoir
les difficultés et de
les prévenir. La
formation aussi bien
en ce qui concerne la
gestion mentale, que
l’évaluation des
profils psychologiques
ou des capacités est
quasi inexistante,
malgré les efforts de
la MAFPEN, et très en
retard sur d’autres
pays comme par exemple
le Canada ou Israël.
Les
parents ne sont pas
non plus formés ni
aptes à reconnaître
les capacités
intellectuelles de
leur enfant :
soit ils ne les soupçonnent
pas parce qu’ils ne
disposent pas d’éléments
de comparaison ou
rapportent les
performances de leur
enfant à ce qu’ils
faisaient eux-mêmes
au même âge, soit
ils veulent se faire
croire qu’ils sont
plus intelligents
qu’ils ne le sont réellement
et jettent le discrédit
sur l’institution,
ou exercent sur cette
dernière une pression
parfois intolérable.
Les
enfants ne sont pas
non plus aptes à s’évaluer,
quand ils ne sont pas
reconnus comme précoces
et qu’ils le sont.
Mais s’ils le sont,
soit ils se forgent
une image négative
d’eux-mêmes, ils
sont les “vilains
petits canards”,
soit au contraire se
sentent très supérieurs
aux autres. Selon les
cas, ils ont tendance
à se renfermer sur
eux-mêmes, ou bien à
se mutiler pour
ressembler à tout le
monde, à moins
qu’ils ne
s’exposent
continuellement,
quitte à subir
remarques et persécution
de leurs maîtres
comme de leurs
camarades.
A)
L’évaluation des
psychologues : ce
que disent les tests
psychométriques.
L’une
des objections souvent
entendues à propos
des tests psychométriques
est qu’ils ne
pourraient appréhender
l’intelligence. Il
s’agit en réalité
d’un malentendu. Les
tests ne mesurent pas
l’intelligence
comprise comme
l’ensemble des
dispositions
naturelles d’un
individu. Ils
permettent tout au
plus de classer les
individus et de
mesurer les capacités
intellectuelles
(c’est-à-dire une
partie de
l’intelligence)
sollicitées dans le
cadre de
l’enseignement. Les
résultats tiennent
partiellement compte
des acquis, de la
culture, donc du
milieu dans lequel
l’enfant a grandi.
Cela dit, il n’y a
pas de stricte corrélation
entre réussite
scolaire et haut
potentiel
intellectuel. Au
contraire, les
estimations des différentes
associations insistent
sur le fait que nombre
d’enfants à Q.I. élevé
sont en échec
scolaire, et ces dernières
imputent cela à
l’inadéquation aux
enfants précoces
d’un enseignement
destiné à la
moyenne.
Il
faut souligner par
ailleurs le fait que
malgré les
apparences, les mêmes
tests de Q.I. pratiqués
auprès des enfants ne
donnent pas toujours
des résultats
semblables en fonction
des psychologues.
Peuvent influer la
manière dont sont présentées
les questions aux
enfants, le temps
imparti pour la réponse,
la manière dont le
testeur est sensibilisé
à la question des
enfants surdoués.
C’est ainsi que
certains psychologues
passent pour surévaluer
les capacités des
enfants. En ce qui
concerne le Collège
du Cèdre, les élèves
de la classe I.P. sont
recrutés selon un
test collectif. Le
temps donné pour les
réponses, étant le même
pour tous, le facteur
temps intervient de
manière plus aiguë,
comme critère de sélection.
C’est ainsi que des
élèves testés juste
avant ou juste après
de manière
individuelle ont
obtenu des Q.I. supérieurs
à 130, et plus
rarement supérieurs
à 150.
Selon
les années, le nombre
d’élèves de C.M.2
ayant passé les tests
a oscillé entre 100
et 140. Si l’on
admet que les 24 ou 27
élèves retenus sont
censés se situer dans
la frange des 2 à 3 %
de la population,
force est de constater
qu’à moins de
considérer la sélection
comme erronée, une présélection
s’est faite spontanément :
1)
Le Q.I. des élèves
potentiels du collège
du Cèdre est déjà
plus élevé que la
moyenne en vertu de
l’environnement
social, environ 110.
2)
L’information est
distribuée par les
instituteurs de manière
sélective, ou de manière
générale mais décourage
les élèves trop
moyens au profit des
élèves en situation
de réussite.
3)
Les parents redoutent
particulièrement l’échec
au recrutement et les
conséquences qu’il
pourrait avoir sur
l’estime de soi de
leur enfant.
4)
Les collèges voisins
par peur de perdre des
élèves n’ont pas
favorisé les dérogations
au secteur scolaire
des enfants des
communes limitrophes.
Cela a limité la
demande des parents
les moins motivés et
les moins sûrs
d’avoir un enfant précoce.
On
peut donc avancer que
seuls se sont présentés
les enfants dont
l’entourage croyait
qu’ils avaient a
priori leur place dans
une telle classe, mais
on peut aussi se
demander si tous les
élèves admis sont
vraiment des enfants
précoces. Quoi
qu’il en soit on a
vu des enfants testés
par des psychologues
et reconnus comme
surdoués échouer aux
tests de recrutement.
En
conclusion, on peut
dire que le
recrutement des élèves
IP du Collège du Cèdre
ne remplit pas
exactement sa mission,
qui devrait être la détection
de tous les enfants
les plus rapides du
secteur
B)
Les représentations
de l’enfant surdoué
chez le corps
enseignant, quand il
est informé mais
qu’il n’a pas été
formé.
Le
comportement habituel
des maîtres consiste
plutôt à nier la précocité
intellectuelle de
l’enfant, en la
confondant souvent
avec la maturité
affective. Or la
dyssynchronie maturité
affective/précocité
intellectuelle, telle
qu’elle a été définie
par Jean-Charles
Terrassier, n’est
pas connue des maîtres.
Tout élève considéré
comme ayant un
comportement “bébé”,
ou “jeune” est
considéré comme
intellectuellement
immature. Par exemple,
un enfant agité ou
qui n’écoute pas,
est considéré comme
immature alors qu’il
peut n’être agité
que parce qu’il
s’ennuie.
L’enfant
n’est vraiment
reconnu comme précoce
que lorsqu’il fait
preuve de performances
exceptionnelles, lire
couramment à quatre
ans et que le milieu
social n’est pas
suspect d’avoir
“poussé”
l’enfant. En fait,
il faudrait presque être
le héros de Mon
bel oranger de José
Mauro de Vasconcelos
pour être reconnu.
D’autre
part, une série de
fantasmes, qui sont à
l’origine de la peur
de l’enfant précoce
dont le jugement est
ressenti souvent comme
une menace par le maître,
a la vie dure. Les
enfants intelligents
sont fréquemment
remis à leur place
par les maîtres, ils
sont jugés arrogants,
insolents. Le
professeur se sent
souvent menacé par
l’enfant qui sait,
qui reste la main
tendue en classe
jusqu’à ce qu’il
ait dit ce qu’il
sait. Le Collège du Cèdre
a vu arriver des
enfants sinistrés, à
force
d’humiliations.
Comme
pour se défendre
d’eux, on allègue
deux types
d’arguments contre
tout projet en faveur
des enfants précoces :
1)
Les enfants précoces
sont favorisés par la
nature, occupons-nous
donc des autres.
2)
Ils n’auraient pas
d’enfance, ils vont
s’user, devenir prétentieux,
ne pas s’adapter
plus tard.
Or
c’est l’absence de
prise en compte de la
précocité qui est
justement propre à
favoriser les écueils
que l’on croit éviter
en voulant les faire
rentrer dans le rang.
Outre
l’encouragement à
la paresse, car ils réussissent
sans effort si on ne
leur soumet rien qui
soit difficile, on en
fait des enfants agités,
supportant mal
l’autorité ou au
contraire repliés sur
eux-mêmes.
D’une manière ou
d’une autre, les maîtres
ont tendance à les
exclure, soit en les
classant dans la catégorie
des enfants
insupportables, soit
en en faisant des
enfants muets, qui se
développent en
observant, en ayant
des résultats
brillants, en se réfugiant
dans les livres.
De
plus, il serait temps
de s’interroger sur
l’influence à long
terme sur la société
de l’échec et des
difficultés qu’ils
rencontrent. Sachant
que les membres les
plus actifs, les plus
créatifs de notre
société, sont
d’anciens enfants précoces,
on peut se demander si
une enfance difficile
n’est pas destinée
à fabriquer des
adultes qui auront du
mal à s’épanouir.
C)
Les représentations
de l’enfant surdoué
chez les parents.
Les
représentations de
l’enfant surdoué
sont assez confuses,
bien que les parents
comme les enseignants
admettent que l’on
puisse définir comme
surdoué un enfant
capable de
performances
intellectuelles précoces
par rapport à son âge.
On a tendance à
croire que parmi les
enfants brillants, il
y aurait des enfants
“poussés” et
d’autres réellement
brillants. Or l’on
doit admettre qu’un
enfant, surtout un
enfant très jeune, ne
peut réussir que
s’il est
effectivement capable
et qu’il adhère à
l’effort
intellectuel qu’on
lui demande. Les
efforts et les
motivations des
parents
n’augmenteront
jamais le Q.I. de
l’enfant de quarante
points, même si cela
peut influer
positivement sur le développement
intellectuel de
l’enfant.
Par
ailleurs, la confiance
des parents qui
autrefois faisaient
massivement confiance
au système éducatif
a été fortement érodée,
et l’on voit se développer
de plus en plus une
attitude consumériste.
L’une des idées les
plus répandues est
qu’on a intérêt à
inscrire son enfant
dans une école d’un
haut niveau, et dans
cette école, dans la
classe du plus haut
niveau possible, par
le jeu d’options
dites difficiles et sélectives.
La classe d’enfants
intellectuellement précoces
du Vésinet a donc été
la cible de
l’ambition de
certains parents désireux
de donner la meilleure
formation possible à
leur enfant. Chaque
fois que celui-ci a été
testé et reconnu
comme précoce, ces mêmes
parents ont considéré
que si leur enfant
n’avait pas des résultats
brillants, l’école
en était responsable
et devait y remédier.
Cette façon de penser
est en partie due aux
campagnes médiatiques
qui diffusent l’idée
que l’inadéquation
du système éducatif
aux enfants précoces
est la cause
principale d’échec
de ces derniers. Or ce
n’est pas la seule,
puisque même au Collège
du Cèdre, certains
enfants précoces ont
posé de réels problèmes
aux équipes pédagogiques.
La situation sociale
et les tensions sur le
marché du travail ont
certainement influencé
les comportements des
parents plus anxieux
qu’auparavant de la
réussite scolaire de
leurs enfants.
D’autre
part, parmi les
enfants précoces,
beaucoup ne jouissent
d’aucune
reconnaissance auprès
de leur parents, même
une fois reconnus
comme tels par les
tests. Ces derniers
craignent parfois avec
raison que leurs
enfants considèrent
qu’ils n’ont plus
d’efforts à
fournir. Autre
explication :
certains parents eux-mêmes
précoces et ayant un
parcours universitaire
et professionnel
brillant, comparent
leurs enfants à eux-mêmes
au même âge et
refusent de les voir
comme exceptionnels,
ils attribuent les
qualités de leurs
enfants à la saine éducation
qu’ils leur donnent
et considèrent que
les autres ne bénéficient
pas des mêmes
conditions.
Les
parents réellement désemparés
sont ceux qui ont
remarqué que leur
enfant ne faisait rien
à l’école et
obtenait néanmoins
des notes brillantes.
Ces derniers craignent
avec raison que le peu
d’exigence du système
scolaire vis-à-vis de
leur enfant n’en
fasse des paresseux,
et les rende
progressivement
inaptes à suivre une
scolarité normale.
Mais c’est surtout
quand la précocité
se traduit par des
difficultés d’ordre
relationnel que les
parents aspirent le
plus à ce que
l’enseignement leur
offre une solution.
C’est
ainsi que chaque année,
nous avons vu des
parents d’élèves
de sixième dire aux
professeurs que leur
fils ou leur fille
avait pour la première
fois de sa vie un ami,
quelqu’un à qui
parler et n’était
pas rejeté.
Globalement,
on peut dire que les
parents d’élèves
entrés au Collège du
Cèdre ont été tous
satisfaits bien que très
diversement. Certains
ont eu l’impression
que la pédagogie n’était
pas plus adaptée que
dans d’autres
classes, mais que leur
enfant était au moins
dans un groupe d’un
bon niveau et
s’ennuyait beaucoup
moins qu’il ne
l’aurait fait
ailleurs. D’autres
ont eu conscience des
changements importants
de comportement de
leur enfant, mieux
socialisé et se
mettant enfin au
travail. Dans le cas
de figure le plus négatif,
s’agissant
d’enfants déjà
sinistrés dans le
primaire, les parents
ont eu la conviction
que dans une autre
structure la situation
aurait été
catastrophique.
D)
Les représentations
de l’enfant surdoué
chez les enfants.
Il
va sans dire que les
enfants ne se
ressentent que très
rarement comme précoces,
comme capables de
performances
intellectuelles dont
les autres ne sont pas
encore capables. Ils
sont avant tout désireux
de communiquer et,
faute de trouver à
qui parler parmi les
enfants de leur âge,
se tournent vers les
enfants plus âgés,
les adultes, ou
s’enferment dans la
lecture. A l’école
les enfants précoces
oscillent entre une
grande solitude et une
sociabilité exacerbée
quitte à se mutiler,
à se montrer normaux.
Ils peuvent même développer
des stratégies d’échec
pour être reconnus
comme tels. Certains,
s’ils sentent que le
professeur est
susceptible de leur répondre,
peuvent avoir tendance
à monopoliser leur
attention par des
performances
brillantes, parfois
par la contradiction
systématique ou par
un comportement gênant.
Quoi qu’il en soit,
ils sont rarement bien
intégrés, surtout
les garçons.
La
révélation d’un
Q.I. élevé peut
produire des conséquences
très variables,
beaucoup restent incrédules,
et ne veulent pas se
reconnaître comme supérieurs,
plus efficients.
Certains qui avaient
une image très dégradée
d’eux-mêmes, considérant
qu’ils ne pouvaient
pas être aimés, sont
soulagés d’avoir
une explication, et
ceux qui sont en état
d’échec scolaire
retrouvent souvent la
voie du succès et une
communication normale
avec leurs parents qui
soudain les voient
d’une autre façon.
Mais chez certains,
cela peut avoir des
conséquences négatives,
en faire des enfants méprisants
et extrêmement sévères
vis-à-vis d’autrui,
surtout quand les
parents les considèrent
comme “de petits génies”.
Ce sont très rarement
ceux-là qui réussissent
le mieux dans les
classes pour enfants
I.P. Les profils au
Q.I. élevé et aux résultats
les plus brillants ont
toujours été des
enfants modestes et
difficilement
satisfaits d’eux-mêmes.
L’arrivée
dans une sixième
comme celle du Collège
du Cèdre a été la
plupart du temps vécue
comme une libération,
un vrai bonheur, la
possibilité d’avoir
enfin des amis, de
parler dans la cour de
récréation de tout
sans se censurer, de
politique, de
physique, de la
nature, voire de
philosophie. Je me
souviens d’un petit
garçon de dix ans
expliquant avec le
plus grand sérieux à
celui qui allait
devenir son meilleur
ami, son hésitation
entre l’étude de
l’épistémologie et
de l’ontologie, définissant
les termes (ce garçon,
aussi exceptionnel en
grec qu’en physique
après des classes préparatoires
au lycée Louis le
Grand est entré au
Grand Séminaire),
tandis que son ami
s’intéressait aux
squales dont il
connaissait tout. Un
autre élève, fraîchement
arrivé de Roumanie et
ayant obtenu les
meilleurs résultats
en français du collège
à l’évaluation
nationale à l’entrée
en sixième, soit 100%
de réussite, a fondé
en deux ans avec deux
autres de ses
camarades une république
imaginaire avec une
constitution, une
chambre basse, une
chambre haute, un code
civil et un code pénal,
et une langue, ayant
une grammaire simple
sans exception. Ceux
de ces enfants qui se
percevaient
douloureusement comme
différents ont donc
pu se sentir enfin
“normaux”,
c’est-à-dire dans
la norme d’un
groupe, ce qui dans
leur esprit signifiait
qu’ils n’étaient
plus seuls.
Paradoxalement,
c’est à partir du
moment où leur spécificité
a été reconnue et où
ils ont intégré une
classe d’enfants
comme eux qu’ils se
sont enfin sentis
comme tout le monde.
Nuançons malgré tout
cette remarque en
indiquant que le
premier trimestre de
la sixième où tous
ces élèves dont les
trois quarts étaient
en tête de classe est
parfois difficile à
vivre. Beaucoup se
demandent s’ils vont
pouvoir suivre, et ont
un peu de mal à
accepter d’être
dans la moyenne.
II)
Structures éducatives :
A)
Les enfants doués
dans l’Education
Nationale avant le
“collège unique.”
Lorsqu’il
n’était pas donné
à tous les enfants de
suivre une scolarité
jusqu’au bac, la
situation des enfants
précoces était
moins
problématique,
nombreux sont ceux
dont les parents
avaient des revenus
modestes qui ont pu
par le système des
bourses ou en entrant
à l’école normale
faire leur preuve. Les
instituteurs ont
souvent pris en compte
la spécificité
d’enfants
exceptionnels, un des
exemples les plus célèbres
étant celui de Gaston
Bachelard.
S’agissant
d’enfants de classes
sociales plus favorisées
et commençant le
primaire à la maison
sous la houlette de la
mère ou d’un précepteur,
le système a souvent
intégré ces enfants
dans les classes
correspondant au
niveau scolaire
qu’ils avaient en
entrant à l’école.
Au
fur et à mesure que
la proportion de la
population faisant des
études secondaires a
augmenté, le système
a perdu en souplesse
et s’est rigidifié
en même temps que les
mentalités, laissant
au discernement des
instituteurs le choix
exceptionnel de faire
sauter une classe.
Dans le même temps,
après la disparition
du latin en sixième,
la disparition de
l’orientation en fin
de cinquième, le
niveau moyen des
classes n’a fait que
baisser, en tout cas
dans les matières
littéraires où la
différence de culture
entre enfants précoces
et enfants non précoces
est manifeste. D’une
certaine manière, on
peut dire que le collège
Haby a servi de révélateur
à un problème
latent. Conséquence
plus grave : il
n’a pas permis aux
élites de se
renouveler et
diversifier leur
origine sociale, le
pourcentage
d’enfants
d’origine modeste
issu des grandes écoles
étant toujours aussi
ridicule. L’école
ne joue pas de la même
manière pour tout son
rôle de promotion
sociale.
B)
Aujourd’hui :
de la réponse
institutionnelle à la
réponse des maîtres :
le cas par cas.
Cependant,
on assiste depuis une
dizaine d’années à
une mutation des
mentalités, qui va de
paire avec
l’effondrement des
systèmes socialistes.
La notion même d’égalité
des chances, autrefois
comprise comme devant
donner lieu au même
enseignement pour
tous, a évolué. Il
est nécessaire
d’adapter le contenu
de l’enseignement
pour que chacun ait
effectivement sa
chance. D’autre
part, les medias ont
diffusé dans
l’opinion publique
l’idée que les
enfants
intellectuellement précoces
étaient plus
malheureux que les
enfants moyens,
qu’ils étaient
sacrifiés et plus
sujets à l’échec.
On a vu des
psychologues peindre
au petit écran la misère
morale de ces enfants
et nous dire qu’ils
étaient plus touchés
par le suicide.
L’Education
Nationale en mettant
en place la notion de
projet d’Etablissement
a ouvert la porte à
une certaine autonomie
et a libéré les
initiatives pédagogiques.
Parallèlement, la
notion de cycle a
fait, sinon éclater,
du moins bouger la
notion de niveau.
L’idée avancée de
trouver des réponses
individuelles à des
situations particulières,
la possibilité de
faire du soutien aussi
bien que de
l’approfondissement,
a permis à Mme Côte,
principal au Collège
du Cèdre en 1990 de
lancer une classe dite
d’approfondissement,
malgré l’Inspection
Académique qui a dès
lors oscillé entre
une opposition plus ou
moins franche et une
complicité discrète,
tout en essayant de ménager
les chefs d’établissements
des collèges voisins,
qui ont refusé systématiquement
de diriger vers le
Collège, les éléments
susceptibles
d’entrer dans la
classe
d’approfondissement
(classe IP), sauf
quand il s’agissait
d’élèves précoces
déjà sinistrés et
perturbateurs.
C)
Les expériences
pionnières :
celle du Vésinet :
une réponse
collective.
L’expérience
menée en 1990 au Collège
du Cèdre constitue
l’une des trois réponses
possibles au niveau
des structures, à
mi-chemin entre l’école
uniquement réservée
aux enfants surdoués,
comme c’est le cas
de l’école hors
contrat de Nice, et le
traitement individuel
d’un ou plusieurs
enfants précoces dans
une classe composée
d’enfants non testés.
Le parti pris du chef
d’établissement était
à l’origine de
concentrer les quatre
années du collège en
trois, chose à
laquelle l’Académie
de Versailles s’est
par la suite opposée.
Ce à tort et par un
excès de frilosité.
Sur une dizaine de
promotions observées,
on peut noter qu’il
n’y a pas eu plus de
quatre ou cinq élèves
ayant eu des difficultés
d’adaptation à
cette structure, et
aient refusé de
travailler au point de
mettre en jeu le
passage en seconde.
J’estime en dessous
de 10% du recrutement
de la classe IP les élèves
nécessitant quatre
ans pour arriver à un
très bon niveau à la
fin de troisième, les
autres pouvant
parfaitement atteindre
cet objectif en trois
ans.
Soulignons
les aspects positifs
d’un collège en
trois ans : outre
le fait que la
scolarité d’un élève
a un coût annuel qui,
si on la réduisait,
constituerait une économie
substantielle,
l’ennui et le risque
d’échec important,
surtout chez les garçons,
représentent le coût
principal du maintien
d’enfants plus
rapides que la
moyenne, dans un
enseignement en quatre
ans.
L’expérience
me conduit à écarter
toutes les objections
concernant la question
de la maturité. Selon
certains, on ne peut
précipiter la
scolarité d’un
enfant qui ne serait
pas assez mûr. En réalité,
on a tendance à
confondre maturité
intellectuelle et
maturité affective.
Or s’il est vrai que
les enfants précoces
ont souvent l’air
immature sur le plan
affectif, et présentent
une certaine
dyssinchronie pour
reprendre le terme
utilisé par
Terrassier, cela est
à nuancer :
c’est le contraste
entre la maturité
intellectuelle et la
maturité affective
qui donne le sentiment
que les enfants précoces
sont affectivement
immatures. En les fréquentant,
on remarque qu’ils
sont aussi précoces
dans ce domaine et ont
une compréhension
aiguë du monde des
adultes. En revanche
si immaturité il y a
et que cela peut
rendre préoccupante
une avance de deux années,
le problème se trouve
résolu par le
regroupement dans une
même classe.
Une
alternative intéressante
au regroupement par
classe serait le
regroupement par
niveau de compétence.
Il faudrait aligner
l’emploi du temps de
trois classes d’un même
niveau dans toutes les
matières, de suivre
en concertation un
programme commun,
d’instaurer des
groupes de niveau.
Dans ce cas de figure,
un élève peut
parfaitement se
trouver dans le groupe
1 en maths, le groupe
3 en français, le
groupe 2 en anglais.
On peut imaginer que
quelques enfants précoces
se retrouveraient systématiquement
dans le groupe 1, mais
que dans chaque matière,
ils se trouveraient en
compagnie d’enfants
différents. Cette
politique instaurée
au Collège du Cèdre
en mathématiques par
Mme Côte a croisé
durant quelques années
la structure de la
classe d’enfants
intellectuellement précoces.
Le groupe 1 cette année-là
comprenait près de 35
élèves, dont une
majorité d’enfants
précoces, dans le
groupe 2 on trouvait 4
ou 5 enfants précoces
dans un groupe numériquement
moins important,
tandis que le groupe 3
sans aucun enfant précoces
comptait moins de 20
élèves et avait une
heure de plus.
Rappelons que le
regroupement par
niveau relève du
simple bon sens,
qu’il est la règle
dans les clubs
sportifs et dans les
écoles de langue privées.
Ce type de pédagogie
renverse le vieux
mythe de la
“locomotive” selon
lequel la classe hétérogène
bénéficierait de la
présence de quelques
bons élèves qui
entraînent tout la
classe. De fait, ces
“locomotives” ne
font avancer que le
professeur qui
caracole avec quelques
bons élèves qui lui
donnent l’illusion
que sa pédagogie
fonctionne, en
laissant de côté les
autres élèves considérés
comme paresseux ou
ayant des difficultés,
et ne sont qu’un
cache-misère pédagogique.
Remarquons une fois
pour toutes que les
“locomotives”
souffrent du regard
des autres et
s’essoufflent
rapidement avec les
années, au point
qu’en troisième
elles ont, sauf très
rare exception,
rejoint les autres
dans leur mutisme et
se contentent au mieux
d’avoir de bons résultats
à l’écrit ou de
bien répondre lorsque
le professeur
l’exige. La classe
d’enfants précoces
du Vésinet, de même
que les groupes de
niveau en mathématiques,
n’ont pas connu une
telle évolution. Nous
avons eu jusqu’en
troisième des élèves
passionnés, malgré
une légère usure
dans l’envie de
travailler, qu’on
doit imputer à
l’adolescence et au
contexte, car les élèves
des autres classes
exercent des pressions
sur la classe d’élèves
I.P.
Non
seulement
l’alternative des
groupes de niveaux
peut constituer une véritable
solution pour les
enfants précoces, en
leur évitant
l’ennui, mais est
propre à éviter les
difficultés nées du
confinement dans une même
classe, durant quatre
ans, d’enfants précoces
qui subissent
douloureusement le
regard ambivalent des
autres élèves du
collège. Ce type de
structure se heurte à
deux obstacles majeurs :
la question de
l’emploi du temps,
les professeurs considérant
que leur emploi du
temps constitue la
priorité des priorités
sur l’intérêt des
élèves, deuxièmement
la difficulté de
travailler ensemble,
de confronter ses idées
avec celles de ses
collègues, de mettre
au point une
progression commune.
Beaucoup de
professeurs craignent
le jugement des autres
et considèrent comme
une intrusion la présence
de quiconque au fond
de leur classe. Ils
ont aussi tendance à
considérer que les élèves
leur appartiennent
alors qu’on devrait
pouvoir faire évoluer
les mentalités et
qu’on puisse pénétrer
à tout moment dans la
classe d’un de ses
collègues. Au Collège
du Cèdre, si les
professeurs de mathématiques
ont réussi à
travailler ensemble,
en français, les réunions
de conseils
d’enseignement
n’ont jamais servi
à autre chose qu’à
se mettre d’accord
sur tout ce qu’on
allait ne pas faire
ensemble. Conviés par
Mme Guiot, Principal
du Collège à partir
de 1996, à rendre
compte à l’ensemble
de ses collègues de
sa pédagogie dans une
classe d’enfants précoces,
j’ai même entendu
un collègue développer
l’idée que la
relation entre le
professeur et l’élève
relevait d’une sorte
de “magie”, évacuant
ainsi toute discussion
pédagogique.
III)
La pédagogie :
Sachant
que nos élèves
passeraient quatre ans
au collège, le débat
s’est rapidement
engagé à deux
niveaux :
Premièrement,
entre partisans des
programmes officiels
que l’on
approfondirait et
partisans d’une accélération
des apprentissages,
quitte à ce que les
élèves sortent de
troisième avec des
connaissances relevant
du programme de
seconde.
Deuxièmement
entre partisans
d’une pédagogie
pour tous publics ou
d’une pédagogie sur
mesure pour enfants précoces.
A)
Les enfants
intellectuellement précoces
ont-ils besoin d’une
pédagogie
“radicalement différente” ?
Cette
question ne touche pas
au contenu mais à la
manière : pour
certains
l’enseignement des
enfants précoces
exige un comportement
radicalement différent,
tandis que pour
d’autres, c’est
toujours le même
enseignement qu’il
s’agit de dispenser,
car ces enfants
seraient comme les
autres, tout juste un
peu plus rapides, un
peu plus curieux. On
ne s’étonnera pas
de voir cette dernière
option défendue par
les professeurs les
plus âgés, les plus
rigides et les moins
aptes à remettre en
question leur
fonctionnement.
Lors
des journées de
formations proposées
par le Chef d’Etablissement,
deux points importants
avaient été développés :
le fonctionnement des
enfants précoces dans
l’apprentissage et
ce qu’ils attendent
du professeur.
J’ai,
en ce qui me concerne,
pris en compte différents
éléments et ai tenté
de les intégrer dans
ma pédagogie, quitte
à la bouleverser
complètement :
je n’en donnerai que
quelques exemples.
Une
des caractéristiques
relevées chez ces
enfants tient dans ce
qu’ils supportent
mal les redites.
Pourtant, chacun est
bien conscient que
l’enseignement nécessite
pour créer des mécanismes
et permettre une
assimilation durable,
certaines répétitions.
Il a donc fallu
ruser : par
exemple pour permettre
aux élèves
d’assimiler les différentes
valeurs du présent,
j’en ai croisé l’étude
avec celle des types
de textes
(argumentatif/informatif/narratif/descriptif).
Cela a permis, au fur
et à mesure que je
progressais dans
l’approfondissement
de cette séquence, de
glisser, sans que les
élèves ne s’en
lassent, d’une
valeur à l’autre.
Autre exemple,
toujours pris sur la
grammaire : il
est d’usage de
travailler à partir
d’exemples choisis
ou en grammaire de
texte, de faire découvrir
les éléments caractéristiques
d’un discours, de
susciter réactions et
commentaires de la
part des élèves pour
corriger les erreurs
et introduire de
nouvelles notions.
Avec les élèves précoces,
en quatrième, j’ai
procédé différemment,
en leur donnant à étudier
la leçon seuls dans
le livre et à faire
quelques exercices ;
ils avaient pour
consigne d’engranger
en les notant une série
de questions qu’ils
me poseraient. Et
j’ai commencé mon
cours par écouter les
questions, j’avais
inversé les rôles,
c’étaient eux qui
me questionnaient, moi
qui répondais. Toutes
les questions
portaient sur des
points ardus, et plus
excitants pour eux que
les bases, mais
d’une part cela
m’a permis de
revenir sur celles-ci
pour expliquer les
points délicats,
d’autre part, je
suis rapidement passé
à l’étude de texte
pour montrer comment
l’analyse
grammaticale pouvait
en servir le
commentaire.
J’ai
retenu de ces expériences
que ces élèves précoces
sont capables d’autonomie,
qu’ils en jouissent
même, qu’il faut
les laisser mener le
jeu, leur en donner
l’impression du
moins, car ils ne
ressentent la nécessité
d’apprendre que
lorsqu’ils tombent
sur une difficulté.
J’ai ponctuellement
tenté de transposer
ces méthodes sur des
élèves dits normaux.
Mais si cette manière
de faire les surprend,
les amuse, ils vont
rarement assez loin
pour que cette
attitude leur profite.
Il me semble que sans
a priori les enfants
précoces peuvent nous
faire réussir dans
des approches pédagogiques
variées, là où
l’on risque d’échouer
ailleurs.
B)
L’approfondissement.
En
faveur des tenants de
l’approfondissement,
on peut avancer l’idée
que les programmes
sont un cadre souvent
ambitieux, malgré
toutes les réformes
allant dans le sens
d’une
simplification.
Certains professeurs défendent
l’idée que pour maîtriser
tous les acquis exigés
par ces programmes, il
faut être un enfant
surdoué. Dans la
mesure où
d’ordinaire on doit
soit en sacrifier une
partie, soit tout
faire
superficiellement, une
classe d’enfants
rapides représente le
public idéal pour
leur mise en œuvre.
Dans
les matières où le
programme porte sur
des sujets différents
comme dans le cas de
l’histoire et de la
géographie, on a
toujours assez de quoi
faire en s’en tenant
au programme, et les
élèves de sixième
précoces ont souvent
été frustrés
qu’on passe si vite
sur chaque sujet. Il
n’y a donc pas lieu
de chercher un
consensus
trans-disciplinaire,
chaque matière devant
choisir sa voie. En
sciences, les
professeurs de mathématiques
par exemple ont très
souvent organisé des
sorties pédagogiques
et des activités périscolaires
propres à développer
la curiosité
scientifique. Des
activités, sous
formes de jeux mathématiques,
casse-tête,
devinettes ont eu
beaucoup de succès.
C)
Pour l’accélération
des apprentissages.
Ceux
qui considèrent
qu’il faut accélérer,
prennent en compte
deux faits :
certes les programmes
sont ambitieux, mais dans
certaines matières,
le travail de chaque
année consiste à réactiver
et reprendre certaines
notions déjà vues
l’année précédente,
on doit donc éviter
les répétitions
inutiles, en
s’assurant
rapidement que les prérequis
sont assimilés, et
aller de l’avant.
En
français, je peux
dire qu’une bonne
moitié de la classe
de troisième
n’aurait pas eu de
difficultés à passer
les épreuves du bac
de français. Dans
tous les domaines les
enfants précoces ont
donné des résultats
exceptionnels, une
curiosité insatiable
de l’histoire des
mots, voire de la phonétique
historique, le goût
pour la création,
pour la narration, la
capacité à lire
jeunes des textes
difficiles et longs.
J’ai vu sous
l’influence du
groupe des enfants qui
n’avaient jamais lu
que quelques rares
livres pour enfants se
jeter sur Les Trois
Mousquetaires, ou Notre
Dame de Paris, et
chaque année, sans
exception tous les élèves
de sixième ont lu en
moyenne une vingtaine
de livres, sans
compter les lectures
personnelles. De très
bons résultats en
orthographe ont été
obtenus par des élèves
dysorthographiques grâce
à des logiciels
permettant sous la
conduite du professeur
de travailler à son
rythme. Même si le
cadre fourni par les
programmes était
suffisant pour l’étude
de la langue, il est
évident que les
lectures d’œuvres
complètes et les
travaux d’écriture
se sont faits, selon
les élèves, avec un
décalage de deux à
cinq ans, sur ce que
l’on peu attendre
des enfants du même
âge.
D)
La question du saut de
classe.
L’un
des chevaux de
bataille de toutes les
associations qui défendent
la cause des enfants
précoces est celle du
saut de classe. Là
encore les idées reçues
ont la vie dure :
la plupart des
enseignants qui s’y
opposent dans le
primaire s’appuient
sur la maturité
affective de
l’enfant pour se
prononcer sur la
maturité
intellectuelle. Il
existe une méfiance
quasi systématique
vis-à-vis des
parents, qu’on a
trop facilement à
croire prêts à tout
pour “pousser”
leurs enfants, comme
si l’on pouvait
faire atteindre à ses
enfants un niveau
qu’ils n’auraient
pas réellement.
Parfois sous une
apparente
bienveillance, on fait
semblant de jouer le
jeu en testant
l’enfant dans une
classe supérieure et
on l’en exclut
aussitôt sous prétexte
qu’il ne peut pas
suivre. Au vu des élèves
arrivés en avance
d’un ou de deux ans
en sixième dans la
classe d’enfants précoces,
tous ayant passé les
mêmes tests (à titre
d’exemple, ma dernière
classe comptait 12 élèves
ayant un an d’avance
dont quatre deux ans
d’avance), on
remarque que
les enfants en avance
ont un meilleur
rapport à l’école,
réussissent mieux,
jouent plus facilement
le jeu. Cela est dû
d’une part au fait
qu’ils se sont moins
ennuyés à l’école
que les autres et
aussi au fait qu’ils
atteignent la troisième
avec la fraîcheur et
l’entrain
d’enfants plus
jeunes.
A
plusieurs reprises,
sous la direction de
Mme Côte, puis sous
celle de Mme Guiot,
nous avons fait sauter
de classes des élèves,
notamment à
l’occasion d’un déménagement,
quand un élève
quittait notre section
d’I.P. pour
rejoindre un collège
de province. Dans
chacun des cas, les élèves
passant d’un an
d’avance à deux ans
d’avance ont
brillamment réussi
leur scolarité et ont
immédiatement été
les premiers de leur
classe dans leur
nouveau collège. Un
saut de classe réalisé
au sein du collège
pour un élève de
sixième qui était un
peu turbulent et
immature dans son
comportement, avec une
moyenne autour de 16,
a donné un excellent
passage en quatrième
avec une augmentation
significative de la
moyenne, un changement
radical de
comportement, et une
attitude plus mûre.
Il a obtenu ses
meilleurs résultats
en latin, alors
qu’il en avait
commencé tout seul
l’étude pendant les
vacances, avant de
rejoindre les élèves
de quatrième qui en
avaient fait un an. Il
faut donc balayer tous
les arguments selon
lesquels un enfant ne
pourrait pas faire
l’impasse d’un an
de travail, surtout
quand il s’agit pour
lui de rejoindre la
classe dans une matière
soit difficile, soit
commencée durant
l’année que l’on
fait sauter. Non
seulement les deux élèves
à qui nous avons fait
sauter la cinquième
n’ont eu aucun mal
à commencer le latin
seuls en vacances,
mais ils ont caracolé
tout au long de
l’année en tête de
classe avec 20 de
moyenne pour l’un 17
pour l’autre. Dans
le cas des deux élèves
partis en province,
l’une a sauté la
cinquième et ses résultats
en quatrième avec
deux ans d’avance
ont été les
meilleurs de son collège
(elle a été reçue
aux Mines, à Centrale
et Polytechnique et a
choisi d’intégrer
Polytechnique),
l’autre, qui a sauté
la quatrième pour se
retrouver dans le
meilleur collège de
Saintes, a commencé
seule l’anglais, a
rattrapé le programme
de quatrième en
travaillant environ
une heure par jour
pendant les vacances,
pour se retrouver en tête
de classe avec deux
ans d’avance, avant
de revenir à Paris
pour une première très
réussie au Lycée
Henri IV, où elle
fait son hypokhâgne.
IV)
La création d’une
structure spéciale
dans un collège :
A)
Difficultés de la
mise en place d’une
structure spécifique
pour enfants précoces
auprès des instances
académiques.
Théoriquement,
en s’appuyant sur la
notion de projet d’établissement,
rien n’empêche un
collège de créer une
classe pour enfants précoces.
Mais on l’a vu,
l’environnement est
hostile, l’esprit de
chapelle des
principaux des collèges
voisins, la frilosité
des Inspecteurs Académiques,
la quasi absence de
missions d’évaluation
confiés à
l’Inspection Générale,
les préjugés de la
société (parents,
enfants, professeurs),
la difficulté de
situer une classe spéciale
au sein d’un établissement,
tout cela a supposé
autant d’obstacles
à franchir.
Il
existe une sorte de
vide juridique quant
à la question très
discutée du
recrutement des élèves,
qui au Collège du Cèdre
a d’abord été réalisé
par Jean Brunault,
psychologue puis par
Huguette Hostyn,
praticienne, chaque
psychologue ayant
choisi librement les
tests psychométriques
qui lui semblaient
efficaces. Quel que
soit le souci
d’objectivité et
l’honnêteté
incontestable des
praticiens, il y a
toujours eu un doute,
chez tel ou tel
professeur, sur la précocité
de tel ou tel élève
recruté, qui semblait
ne pas être aussi
rapide que les autres.
Sans doute
s’agissait-il pour
les professeurs de
mettre à l’épreuve
des faits l’idée
qu’ils s’étaient
forgée de la précocité
intellectuelle. A mon
avis, les 24 ou 27 élèves
admis chaque année
devraient subir en
plus des tests
collectifs des tests
individuels de Q.I.
qui affinent leur
profil intellectuel.
B)
La mise en place
d’une équipe pédagogique
(choix, formation,
etc.)
Le
projet pilote du Collège
du Cèdre
Une
fois trouvé un
compromis avec
l’Inspection Académique,
tout projet impulsé
par une direction
quelle qu’elle soit
s’articule sur le
type de relations que
le chef d’établissement
a instauré avec les
professeurs. Mme Côte
savait qu’elle
pouvait s’appuyer
sur les quelques
professeurs les plus
actifs de l’établissement,
il était naturel
qu’elle se tourne
d’abord sur eux pour
constituer l’équipe
qui allait prendre en
charge la première
promotion. Cela ne
l’empêchait pas
d’être consciente
de la nécessité de
communiquer le plus
largement possible et
de tenter de susciter
un consensus. La chose
n’était pas facile,
de nombreux préjugés
faisaient obstacle,
auxquels s’ajoutait
la méfiance systématique
de certains syndicats
opposés à tout
projet jugé élitiste.
Par ailleurs certaines
vieilles inimitiés
entre professeurs
risquaient
d’envenimer la
question. Travaillant
donc dans deux
directions opposées :
communication et
formation adressée à
tous les professeurs,
constitution dans un
premier temps d’une
équipe pédagogique,
le chef d’établissement
a convié différents
spécialistes qui sont
venus expliquer aux
professeurs,
ce
qu’était un enfant
précoce, comment le
reconnaître et les
qualités que ces
enfants précoces
attendaient de leur
professeur. Dans le même
temps, elle mesurait
la réception de
l’information,
l’intérêt suscité
auprès des
professeurs et annonçait
un suivi longitudinal
élaboré par Jean
Brunault, le
psychologue chargé du
recrutement et de
questionner trimestre
après trimestre le
travail mené.
Il
faut insister sur
l’importance de ce
suivi. Malgré
quelques lourdeurs (il
était extrêmement précis
et il fallait presque
une heure pour répondre
et cocher les
questions), il
consistait à mesurer
le degré de
satisfaction des élèves
et en particulier
l’intérêt qu’ils
tiraient des cours et
l’adéquation de la
pédagogie au rythme
d’assimilation.
Beaucoup de
professeurs, notamment
en dehors de l’équipe
choisie, avaient du
mal à accepter l’idée
d’être ainsi évalués,
surtout par des
enfants réputés
intelligents et
d’autant plus
pertinents.
Autre
garde-fou essentiel,
des réunions systématiques
de l’équipe pédagogique
avec les parents en présence
du psychologue ont
constitué un atout précieux.
Les professeurs, ceux
de la première équipe
comme les autres ont
par la suite bénéficié
de stages d’établissement
offerts par la MAFPEN,
en méthodologie et
plus tard en gestion
mentale.
Il
faut regretter que,
compte tenu des résistances
sourdes à un projet
innovant et miné par
des préjugés, elle
n’ait pas pu
associer, comme elle
l’aurait voulu,
l’ensemble des
professeurs. Très
vite, il a fallu
s’adjoindre
d’autres
professeurs, au fur et
à mesure que
d’autres promotions
arrivaient et pour éviter
aux élèves de
retrouver toujours de
classe en classe les mêmes
professeurs. On a eu
du mal à intégrer
les nouveaux
professeurs
participant à l’expérience
les années suivantes,
et les élèves en ont
parfois fait les
frais. Citons un
exemple, celui d’un
professeur de français,
à l’époque tuteur
pédagogique, qui se
considérait comme le
meilleur professeur de
l’établissement et
n’a pas compris
pourquoi on ne
l’avait pas choisi
pour prendre la sixième.
Prenant les élèves
en cinquième puis en
quatrième, il s’est
posé en rival du
professeur précédent
et a constamment voulu
faire faire à ses élèves
des lectures d’une
grande difficulté au
point d’en épuiser
quelques-uns.
C)
De la construction à
la déconstruction :
une structure privée
de son contenu.
Un
tel projet ne peut réussir
que si le Chef d’établissement
s’y implique
fortement.
Un
C.E qui serait
farouchement opposé
à tout enseignement
“élitiste”, qui abolirait
le suivi longitudinal,
renverrait le
psychologue,
supprimerait les réunions
de parents avant la
rentrée et confierait
aux professeurs le
soin de choisir eux-mêmes
ceux qui assureraient
l’enseignement en
classes IP lors des
conseils
d’enseignement de
fin d’année, qui
mettrait un terme à
toute attitude de
souplesse pour
accueillir des élèves
ayant vraiment besoin
de ces classes mais
habitant hors secteur,
qui multiplierait les
options pour obliger
les élèves à être
regroupés avec des élèves
plus lents, qui déconseillerait
le latin et
supprimerait les
sorties éducatives
d’une importance
capitale pour ce type
d’élèves, et qui réduirait
l’intérêt de cette
section à la défense
exclusive des enfants
surdoués en difficulté,
dénaturerait
complètement le
projet.
Une
telle entreprise de démolition
aurait des effets très
négatifs sur la pédagogie,
Pourquoi défendre une
pédagogie différente
dans ces classes ?
Après
le départ à la
retraite de
l’initiatrice du
projet, pendant trois
ans le chef d’établissement
nommé ne s’est pas
impliqué dans le
projet et après son départ
à la retraite
l’arrivée de
Mme Guiot a permis de
recentrer le projet en
douceur et de le
remettre sur ses
rails. Cette dernière
a d’abord beaucoup
écouté, adhéré au
projet avec
circonspection puis
enthousiasme, elle a
accepté de
communiquer aux médias
avec prudence, fait
des choix en douceur
lors de la
constitution des équipes
pédagogiques et
introduit beaucoup de
souplesse. Mme. Guiot,
qui considère que
l’école est faite
pour les enfants et
non l’inverse, a
pour sa part placé
l’intérêt de
chaque élève au cœur
de l’expérience et
tenté de s’appuyer
sur le consensus même
tiède des
professeurs, Enfin
elle a appelé de ses
vœux une mission de
l’Inspection Générale
sur la question. Après
le départ de Mme
Guiot, Mme Mary
a
repris le flambeau et
a dynamisé avec
conviction l’équipe
pédagogique. Elle a
organisé la formation
des nouveaux
enseignants et a fait
preuve d’une énergie
remarquable. Quand, à
son tour, elle
partira, il faut espérer
que son successeur
sera aussi soucieux
qu’elle de maintenir
ce projet dans
l’enseignement
public qui a fait ses
preuves puisqu’au
bout de 19 ans, il est
toujours en place et
efficace.
Bilan
et perspectives.
La
politique qui consiste
à faire entrer en
C.P. toute une classe
d’âge sans prise en
compte de la maturité
intellectuelle de
l’enfant, aggravée
par la politique du
passage de classe, la
quasi inexistence du
saut de classe, et le
collège Haby est révélatrice
de l’égalitarisme
qui règne et sacrifie
les extrémités de la
courbe de Gausse,
mettant en évidence
les performances
intellectuelles des
enfants testés.
Enfin,
cette politique, si
elle a pu permettre à
l’ensemble de la
population
scolarisable
d’atteindre
globalement un niveau
meilleur que si une
bonne partie s’était
arrêtée en cinquième,
elle n’a pas permis
un renouvellement des
élites, au vu du très
faible pourcentage des
élèves des grandes
écoles provenant de
milieux modestes. A
cela s’ajoute la
concurrence croissante
des établissements
privés.
Au
Vésinet, environ un
quart des élèves de
la classe d’enfants
intellectuellement précoces
venait du privé. Après
la troisième, en
1994, lors du passage
en seconde de la première
promotion, le Lycée
du Vésinet avait
organisé l’accueil
de nos élèves en
formant une classe
pour eux, où ils se
retrouveraient avec de
bons éléments issus
d’autres classes et
ou d’autres collèges.
Cet accueil a été
stoppé net au bout
d’un an et les élèves
ont vraiment eu
l’impression qu’on
voulait leur montrer
qu’ils n’étaient
pas si bons que cela.
Le choix des parents
s’est dès la
seconde année
majoritairement porté
sur les lycées de
Saint-Germain-en-Laye
(Roby, Debussy avant
la fusion, Lycée
International et Lycée
Saint-Erembert), trois
ou quatre élèves ont
chaque année intégré
de grands lycées
parisiens, notamment
Louis le Grand où ils
ont donné pleine
satisfaction. Dans les
dernières années, le
nombre d’élèves
entrant à
Saint-Erembert a crû
de manière
significative. Il y a
donc dans le domaine
de l’enseignement
privé des initiatives
et un intérêt pour
les enfants précoces
qui n’existe pas
dans le public.
En
définitive, on peut
se féliciter
d’avoir évité le désintérêt
pour l’école et
l’échec de certains
élèves qui, à
l’entrée en sixième,
nous avaient semblé
être en danger. On
peut néanmoins
admettre qu’une
bonne moitié de ces
élèves précoces
aurait de toute manière
réussi et a, au
moins, passé des années
plus heureuses et
moins ennuyeuses dans
ces classes que ce
qu’elle aurait
connu, même dans une
classe ordinaire du
collège comme celui
du Cèdre. Cette
structure, malgré les
aléas dus au
changement du CE ou le
renouvellement des
professeurs, reste
utile, profitable.
Pour redynamiser le
projet, il serait
souhaitable que le
recrutement soit élargi,
que l’Académie en
fasse la promotion,
que l’on reprenne la
discussion sur le collège
en trois ans, qu’une
mission d’évaluation
suive pendant un an de
près, en visitant les
classes dans toutes
les matières et redéfinisse
les objectifs de la
structure.
Si
la prise en compte des
enfants précoces est
indispensable, parce
que le gâchis humain
est considérable,
c’est surtout dans
les établissements
dont le niveau est
faible. Il faut malgré
tout être prudent :
dans ces collèges,
une telle classe
pourrait très vite
devenir le bouc émissaire
des autres classes et
devenir un enfer. Ne
serait-il pas
envisageable de créer
de petites structures,
à raison d’une par
bassin qui
accueilleraient les
enfants précoces de
l’ensemble des écoles
du bassin, et
permettraient de mêler
des enfants
d’origines sociales
très diverses ?
Il y a tout lieu de
penser que certains
des éléments
perturbateurs des établissements
classés ZEP sont
parfois parmi les plus
intelligents et que,
prise très tôt, un
partie d’entre eux
contribuerait à un
renouvellement de l’élite
du pays, tout en
soulageant d’autant
ces collèges. Encore
faut-il que les
mentalités dans l’Education
Nationale changent
pour accepter de
telles avancées. En
attendant, rien
n’empêche de créer
dans un bassin
difficile une
structure pilote qui
permettrait d’en évaluer
l’impact sur
l’ensemble des
autres établissements
et qui, en même
temps, servirait de
laboratoire d’idées
dans le domaine pédagogique.
Faute de quoi, ne
peut-on pas commencer,
dans un premier temps,
par faire éclater le
concept de classe pour
rendre systématiques
les groupes de niveau,
qui seuls sont de
nature à permettre
aux élèves de suivre
un enseignement à
leur niveau réel.
François-Michel
DURAZZO
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Bulletin
officiel n°
45 du 3 décembre
2009
Elèves
intellectuellement
précoces
Guide
d'aide à la
conception de
modules de
formation pour
une prise en
compte des élèves
intellectuellement
précoces
NOR
:
MENE0900994C
RLR
: 501-9b
circulaire
n° 2009-168
du
12-11-2009
MEN
- DGESCO
A1-1
Texte
adressé aux
rectrices et
recteurs
d'académie
; aux
inspectrices
et
inspecteurs
d'académie,
directrices
et
directeurs
des services
départementaux
de l'Éducation
nationale